Une fois de plus je reviens sur l’urgence d’adapter le vocabulaire à un phénomène de migration qui n’est pas une immigration. Un immigrant, c’est celui qui arrive dans le pays pour s’y installer de façon définitive ; c’est celui qui, aussi vite que le lui permet la loi, va demander la naturalisation. Le migrant, celui qui va à l’étranger chercher travail et conditions de vie que son pays ne peut pas lui assurer, même si, dès le début, il est un émigrant vu de son pays d’origine, même si aussi, souvent, il finira par s’installer de façon définitive dans le pays d’accueil et par en demander la nationalité, il devrait être désigné par un terme différent aussi longtemps qu’il n’a pas franchi ce pas énorme entre l’émigration et l’immigration que constitue la renonciation au moins partielle à ses attaches. Le migrant qui envoie tout ou partie de son salaire à sa famille restée « au pays » doit être bien séparé de celui qui a rompu, volontairement ou non (réfugiés), définitivement ou non, ses attaches et désire s’installer, s’intégrer, dans le pays d’arrivée. Les lois doivent être distinctes, les attentes du pays d’accueil aussi ; et si le vocabulaire ne sépare pas les cas, l’assimilation ou le rapprochement conduit à mal traiter l’un et l’autre cas. Il faudrait prévoir des titres de séjour distincts, avec des règles d’accueil distinctes. Par exemple, le renvoi dans le pays d’origine en cas de non-respect des lois qui s’appliquent à son cas est adapté au migrant temporaire, et totalement inadapté à l’immigrant, qu’il soit ou non réfugié politique. Certaines tolérances sur l’adaptation (maîtrise de la langue, connaissance des lois,…) doivent être plus larges pour le migrant qui n’est pas venu s’intégrer que pour l’immigrant qui prétend le faire.
Quant aux prétendus « immigrants de seconde génération », c.a.d. aux enfants nés en France de parents migrants ou immigrants, ils constituent des catégories différentes encore. Différentes de celles des parents d’une part ; mais différentes entre elles aussi, parce que celui dont la famille a conservé ses attaches dans le pays d’origine et qui a la nationalité de sa famille ou une double nationalité a des attentes, des droits et des devoirs différents de celui dont la famille a immigré en France et qui entend y rester en tant que Français. Là encore, il faut que tant la loi que le vocabulaire s’adaptent à la multiplicité des cas.
Une revue appelait voici presque un an à regarder en face la réalité de l’immigration ; si on ne commence pas par regarder en face le fait qu’il y a plusieurs réalités distinctes et même contradictoires entre elles, si on prétend traiter d’un seul regard et d’une seule loi ce mélange, on aura remplacé la prétendue « politique de l’autruche » par une politique de l’équilibriste ou une politique de l’épileptique. Et la loi imaginée par le « ministre de l’immigration et de l’identité nationale » sera une usine à gaz inutilisable.

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