Tiré de la préface par PJ Stahl à un recueil de contes de Charles Nodier
Parmi beaucoup d’autres préjugés, il y a en France un préjugé fatal à la jeunesse : ce préjugé consiste à croire que, pour convenir aux enfants, un livre doit être fait dans des conditions telles que l’âge mûr n’y puisse trouver son compte.
Ceci conduirait tout simplement à dire qu’un homme de talent ne saurait se faire comprendre des enfants sans cesser d’être un homme de talent, sans se rapetisser, et que les livres qui se font aimer des enfants ne sauraient être que des livres médiocres.
C’est calomnier à la fois les enfants et les livres qu’ils goûtent. Leur esprit est une terre féconde dans laquelle pas une semence ne se perd ; ce qui importe, c’est qu’il n’y soit semé que du bon grain. Et, dans ce qui est du ressort de l’imagination, on pourrait écrire un livre que les plus forts esprits puissent regarder comme un chef-d’œuvre, et qui pourtant, par la seule vertu de sa pureté, pût mériter d’être mis surtout entre les mains de la jeunesse.
Bernardin de Saint-Pierre, Goldsmith, Hoffmann, Perrault, et à côté d’eux Nodier et quelques autres en petit nombre, l’ont prouvé du reste dans quelques-unes de leurs oeuvres (note perso : j’ajouterais facilement Swift, Defoe, Cervantès, Stevenson et, plus près de nous, Philip Pullman, et la liste n’est pas close)…
À-côté immédiat ; on peut sans peine appliquer ces remarques aux « mauvais genres », en particulier la science-fiction, en remplaçant « enfants » par « lecteurs ». Sans que cela leur enlève leur validité pour la « littérature de jeunesse ».
