vendredi 29 février 2008

Miroir déformant

Dans le courrier des lecteurs du dernier numéro du Nouvel Obs, il y a une lettre d’instituteur qui rappelle que les leçons de morale et de civisme que le gouvernement veut rétablir à l’école seraient inutiles face à des enfants qui entendent sans cesse parents et autres adultes pester contre l’absence de morale du gouvernement et des entreprises qui le contrôlent. C’est vrai. Et, qui plus est, le miroir que présentent les enfants ne reflète pas la réalité perçue et vécue par leurs parents, il la déforme, la caricature, ne retenant que l’essentiel, c.a.d. que nous vivons dans un monde de purs prédateurs à sélection darwinienne déformée qui éliminerait impitoyablement les créateurs et les pacifiques au profit des seuls pilleurs et destructeurs.

Quand la lettre compare la liberté de Paul Éluard à l’impunitarisme de Sarkozy (abusivement rebaptisé liberté du Médef), elle perd l’essentiel, le fait que le mot liberté ne s’applique pas aux théories impunitaristes et néo-féodales des soi-disant libéraux. Avant une morale qui, sans cette réflexion préalable, ne saurait aller au-delà de la limitation insuffisante des prédations, il faut réfléchir aux conditions nécessaires de la vie en société, c.a.d. à la nécessité de l’existence et de la protection des non-prédateurs que sont les producteurs, les créateurs, atrisans, scientifiques, artistes, ou les constructeurs et les organisateurs, sans lesquels il n’y aura plus rien à piller une fois les réserves, qui s’amenuisent de plus en plus vite, épuisées.

jeudi 28 février 2008

Mort de la V° République?

On peut se poser la question avec inquiétude: par ses attitudes inconstitutionnelles (« Casse-toi… ») ou anti-constitutionnelles (refus de la sentence du Conseil Constitutionnel), Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas signé le décès de la V° République ? La seule question encore ouverte aujourd’hui est peut-être de savoir si son pouvoir, désormais privé de légitimité par la disparition de la Constitution qui l’avait établi, survivra à force de coup d’état ou si un autre que lui s’établira dictateur. Quant à imaginer la reconstruction d’une nouvelle république sur les ruines de la V° assassinée, il faut une bonne dose d’optimisme pour l’espérer…

mercredi 27 février 2008

Rétention et droit

L’idée même de la rétention de sûreté pose le problème de la remise à plat et de la reconstruction complète sur des bases différentes de l’ensemble du droit pénal français en général et du rôle de la prison en particulier. L’utilisation de la prison à des fins de protection de la société par enfermement des individus jugés dangereux n’est absolument pas envisagé dans l’état actuel du droit ; tout juste la « détention préventive » prévoit-elle le cas des accusés susceptibles de ne pas répondre à leur inculpation en fuyant la justice ; elle ne prévoit pas l’empêchement de crimes ultérieurs.

Ceci étant, il est bon de rappeler que la prison n’a jamais, en aucune façon, réparé les crimes ou délits commis ; un séjour en prison ne paye en aucune façon une dette envers la société. De ce point de vue, l’idée même d’un enfermement prolongé qui aiderait à préparer le retour à la vie honnête est un non-sens, sauf dans le cas exceptionnel d’un séjour en prison mis à profit pour des études, ce qui est rare vu la rareté des éducateurs et les innombrables entraves qui sont mises à leur action, et sauf dans le cas d’une retraite quasi-religieuse, rôle pour lequel la durée utile de l’emprisonnement ne saurait dépasser un ou deux ans. Au-delà de deux ans d’emprisonnement, tout ce que la prison peut apprendre au détenu, c’est comment devenir un criminel respecté et tourner à son avantage les lois du droit dans sa carrière ultérieure de truand.

Le rôle exemplaire de l’emprisonnement est quasiment nul ; pour qu’il cesse de l’être, il faudrait que le pourcentage d’impunité des criminels descendit au dessous de 1% ; au-dessus, il est trop facile au criminel potentiel de se convaincre que « moi, ils ne me prendront pas ». Inutile de dire qu’un simple pourcentage d’erreurs de 1% lui suffit à penser cela, que les flics attraperont quelqu’un d’autre que lui, et donc aucun durcissement de la répression ne saurait obtenir le résultat désiré.

Alors, oui, il est utile de redéfinir le rôle de la prison et d’imaginer des prisons de détention préventive de criminels dangereux. Mais cela demande une modification profonde tant du droit que de la pratique de la détention ; celles des prisons qui demeureront pénales devront être adaptées à la préparation de la réintégration dans la société du condamné. Sans devenir des hôtels de luxe, elles devront mettre le condamné en mesure de reprendre sa place dans la société. Celles qui seront « rétentives » devront aussi respecter les droits humains du détenu préventif, lui offrir des conditions humaines de détention.

Quant aux juges, le rôle de juge décidant de la détention préventive ou de sa prolongation est totalement distinct des rôles traditionnels des juges. Ce n’est plus au respect du droit que ce juge doit être formé, c’est à l’évaluation psychologique du détenu. Il faudra des juges spécialisés issus non des écoles de droit, mais bien de celles de psychologie. Psychologie spécialisée, bien sûr : il doit savoir ce qui anime un criminel, ce qui le distingue du citoyen ordinaire, être formé à la reconnaissance et au traitement de cas très précis.

Note2be

Inévitable dans la vision consumériste que j’ai déjà dénoncée de l’enseignement, l’existence de ce site, légal ou non, établit de manière difficilement réparable la cassure profonde entre les élèves et l’acquisition de connaissances. Ce site répond aux besoins des consommateurs de diplômes, pas à ceux des « apprenants ».

D’une part, il serait difficile, sinon impossible, aux jeunes d’évaluer réellement si le professeur leur a transmis les savoirs desquels ils auront besoin dans leur vie future.

D’autre part, dans leur revendication consumériste, ils cherchent seulement à savoir si le professeur a répondu à leurs attentes de résultats sans effort.

Enfin, dans leur vision de lutte permanente entre les profs-dictateurs et les élèves-opprimés, ce site devient un champ de résultats dans le match Profs-élèves, de notations sur la qualité du jeu en tant qu’adversaire, alors que le professeur devrait être vu comme l’entraîneur qui apprend aux élèves à affronter certaines difficultés de la vie regroupées dans sa matière.

Bref, l’existence de ce site témoigne de la disparition totale du rôle formateur de l’enseignement, qui est préalable à sa création, et l’aggrave de façon irréparable. La disparition ou la mise sous contrôle du site ne réparera pas la cassure dont il témoigne, tout au plus sera-t-il possible de cicatriser la plaie qui laissera une cicatrice indélébile.

lundi 25 février 2008

Enseignement, diplômes et guerre

Le Nouvel Obs pose, dans l’article sur l’enseignement, la question de savoir comment transmettre des connaissances; et la couverture du magazine répond que ce que cherchent les élèves, ce ne sont pas les connaissances, ce sont les diplômes. Diplômes dont ils sont convaincus, et toute la société contribue à renforcer cette conviction, que l’obtention est uniquement une question de rapport de force entre consommateurs de diplômes (les élèves et les parents d’élèves) et vendeurs de diplômes (les professeurs), l’acquisition de connaissances n’étant rien de plus qu’un pensum inutile imposé par les vendeurs aux acheteurs, voire l’exercice de leur domination dictatoriale contre laquelle ils entendent exercer leur droit à la révolte. Contresens absolu, sans doute ; certitude d’aboutir à moyen terme (une ou deux générations) à une impasse absolue et irrémédiable, plus que probablement. Mais vérité sous-jacente dans l’« opinion publique », confirmée même par la couverture du numéro.

jeudi 14 février 2008

Un mélange inadmissible

Encore une fois un titre de revue me fait sortir de mes gonds parce qu’il confond Dieu et les "grenouilles de bénitier". La question posée sous le titre "Dieu et la République", comme dans un numéro antérieur "Dieu et la science", n’a RIEN à voir avec Dieu, ses volontés exprimées dans le décalogue, et la République ; elle porte sur l’influence des fondamentalistes « religieux », ceux qui confondent la volonté de D. et LEUR volonté de puissance. Il s’agit des rapports de forces entre les EXTRÉMISTES religieux des différents clans anti-libéraux, catholiques, islamistes et « israélites » hyper-rétrogrades et les athées militants, sans que les croyants des différentes religions, chrétiens sincères, musulmans non adorateurs d’AlQaida, juifs, agnostiques, aient droit à la parole.

Cette couverture du Nouvel Obs est une insulte au Dieu auquel je serais disposé à croire, celui qui aurait créé l'homme pour être libre et pour occuper le monde, mais pas pour passer 25h par jour et 8 jours par semaine à adorer les prêtres tout-puissants.

mercredi 13 février 2008

Mort d'Henri Salvador

Ce n'est pas vraiment dans le fil de ce blog, une réaction personnelle, mais pourquoi pas?
Des années que je n'avais plus entendu Henri Salvador, que je l'avais presque oublié; mais "La biche et le chevalier" reste un de mes plus chers souvenirs d'enfance, "Minnie petite souris", "Zorro est arrivé", son sketch sur scopitone avec "Bon appetit messieurs" sont des souvenirs qui lui survivront, au moins, aussi longtemps que ma conscience...

mardi 12 février 2008

Toujours le mode prédation

Derrière ce débat qui fait rage dans ma cervelle depuis plusieurs mois, cette opposition entre une vision prédatrice de l’homme qui ne saurait qu’exploiter ce qui existe en dehors de lui, et une vision de l’homme comme créateur d’idées, mais aussi de réalités matérielles, il y a une foule de références qui se rangent toutes du côté de la vision prédatrice, à savoir

- la philosophie de Platon qui suppose que même les idées sont préexistantes à l’homme et qu’on ne saurait les créer, tout au plus les découvrir ;

- la base même des religions d’un Dieu créateur : l’homme n’est au monde que pour utiliser, entretenir ou exploiter, ce que D. a créé ;

- la théorie de base de l’économie qui exploiterait des ressources préexistantes et limitées (croissance zéro, écologie conservatrice, théorie de la répartition sociale d’un avoir limité,..) ;

- la notion même de la théorie consumériste, qui ignore plus ou moins complètement la question de l’origine des biens consommés, et ne prend en compte les producteurs que pour défendre ou non leur droit à profiter de leur production ;

- la plupart des théories politiques qui prétendent soit autoriser la prédation libre au nom d’un système théorique d’autorégulation (système néo-féodaliste qui se prétend « libéral »), soit la contrôler d’une manière plus ou moins totalitaire (socialisme étatique, communisme), soit enfin la « combattre » à l’aide d’une anti-prédation plus sévère que la prédation « étrangère » supposée (extrême gauche et extrême droite) ; Il y a quelques rares systèmes politiques (socialisme libertaire sous sa forme fédéraliste, social-démocratie, certaines formes de centrisme) qui prennent en compte l’existence d’une possibilité de création de richesses, mais la plupart des théories politiques ne s’occupent que de l’équité de la répartition entre les prédateurs ;

et je ne sais plus combien d’autres formes de ce même principe qui voudrait que « Rien ne se perd, rien ne se crée », théorie qui est effectivement prouvée dans certains systèmes clos, en chimie non atomique par exemple, mais que deux siècles de « progrès » technique et scientifique auraient dû faire abandonner tant en économie qu’en philosophie. A côté du fait réel que l’exploitation des ressources étrangères a trouvé ses limites et que la mondialisation est effectivement basée sur un rapport de forces entre gros prédateurs mondiaux et petits prédateurs locaux, l’histoire nous montre que l’agriculture ou l’industrie ont effectivement créé des richesses nouvelles, qui n’étaient pas seulement des résultats de la transformation et de l’exploitation des richesses existantes, et qu’une écologie de progrès est réalisable au-delà d’une écologie qui ne serait que conservatrice. Pour ce qui est des idées, je ne crois pas que toutes les idées apparues depuis trois siècles étaient déjà préexistantes au-delà des murs d’une caverne de Platon, je crois qu’il y a réellement eu création d’idées nouvelles, et même d’un mode de pensée nouveau.

Est-il d’autre part encore nécessaire de rappeler que la vision « prédatrice » ou au « conservatrice » est porteuse de cercles vicieux de destructions superposées et ne saurait autoriser les cercles vertueux qui ont fait l’accroissement des richesses mondiales au cours des siècles de foi en le progrès ? Que, à partir du moment où on se bat pour la répartition de l’existant sans création de richesses nouvelles, l’épuisement de cet existant est inéluctable à plus ou moins court terme ? Plus ou moins court suivant que les destructions liées aux luttes et au gaspillage seront plus ou moins importantes…

Je veux espérer que la vision créatrice, de moins en moins souvent exprimée, saura retrouver sa place dans l’opinion. Mais ne suis-je pas en train de pleurer sur une nouvelle disparition des dinosaures ?