lundi 28 mai 2007

Commerce et prédation

Le commerce est né de la société de production ; le rôle du commerçant était d’aider à la diffusion et à la répartition des objets produits, tout comme le rôle du financier était de permettre cette production et cette diffusion. Dans cette société, les prédateurs se limitaient à la fonction de défense et d’attaque contre les sociétés voisines, et la fonction utilitaire de commerçant ne pouvait mener à une attitude de prédation et à l’enrichissement du commerçant (hormis l’enrichissement potentiel par l’acquisition des stocks et des outils de son commerce).

Avec la diffusion de l’attitude prédatrice hors des cercles militaro-aristocratiques, deux formes de prédation différente sont apparues chez les commerçants, liés à la présence de « riches » aussi bien parmi les producteurs que parmi les consommateurs. Certains commerçants, alliés aux riches producteurs, considéraient le client comme une proie ; d’autres, alliés aux consommateurs riches, considéraient que leur fonction était de piller les richesses insoupçonnées des producteurs au profit de leurs clients et, bien sûr, d’eux-mêmes. Ces deux prédations commerciales concurrentes mais distinctes ont, avec le développement de la prédation financière qui, elle aussi, considère comme naturelle l’existence des productions d’une part, des consommateurs et, donc, que ces deux catégories constituent un terrain de chasse plus ou moins inépuisable, cédé la place à un commerce-prédation qui exploite simultanément la richesse « naturelle » des objets produits par les proies « producteurs » et celle née de nulle part des proies « consommateurs ».

Le premier système hésitait entre le « producteur-roi » et le « client-roi ». Le second ne donne plus aux deux catégories que le statut de proie plus ou moins consentante, et réserve le statut de « roi » aux seuls prédateurs du système, les commerçants.

Inutile d’insister sur le fait qu’un tel système épuise progressivement sa base d’existence formée des deux catégories méprisées. Mais ceux qui en prennent conscience ne voient d’autre solution que la solution individuelle de profiter du système tant qu’il n’a pas croulé sous son propre excès de poids en rentrant dans la seule catégorie acceptée, celle du prédateur (financier ou commerçant)…

dimanche 27 mai 2007

Démocratie et compétence

C’est sous la plume du plus pontifiant incompétent qui ait jamais porté l’étiquette socialiste qu’on trouve cette déclaration monstrueuse comme quoi « le PS aurait fait de l’incompétence le gage de la démocratie ». Si un responsable du PS, apparenté par mariage à l’auteur de cette déclaration, a jamais fait cela, l’exemple en a été l’accession du dit auteur de la déclaration à une fonction ministérielle dans laquelle il étala jadis toute sa suffisance et sa conviction d’être omnicompétent et que toute compétence qu’il n’avait pas (mathématiques, diplomatie, pédagogie, capacités scientifiques ou littéraires, capacité de prendre en compte l’opinion d’autrui ou de déléguer …) était inexistante.

Qu’il y ait quelque part un problème sur a relation entre compétence et démocratie, que la démocratie, comme d’autres systèmes, donne souvent prise à la « loi de Peter », c.a.d. à l’élection de candidats à des postes pour lesquels ils ne sont pas compétents en raison de leurs réussites dans d’autres postes qui ne demandaient pas les mêmes compétences, c’est une chose.

Que d’autre part le fait que la voix d’un « idiot » vaille autant que la voie d’un « génie » ne se justifie que par le fait, incontestable et non modifiable, qu’il est impossible de définir un critère de compétence démocratique ou une instance qui qualifierait les électeurs. Sauf à revenir au déplorable « suffrage censitaire » en décrétant que la richesse est gage de compétence dans la défense de l’intérêt général, que les voleurs défendront la propriété d’autrui et les exploiteurs veilleront au bonheur et à la propriété de leurs victimes…

Mais ces remarques n’ont rien à voir avec le PS…

Inutile de dire à quel point cette attaque du Mammouth d’incompétence pontifiante enfin exclu du PS est ridicule et à quel point il est dommage qu’un journal honnête et « de gauche » lui ait ouvert ses colonnes.

vendredi 25 mai 2007

Abus de vocabulaire et conséquences dommageables

L’emploi abusif du mot « libéral » par les néo-féodalistes, ceux qui veulent effacer tous les acquis républicains et sociaux depuis 1848, a provoqué la création de cet abominable invocation de l’anti-libéralisme par ceux qui croient défendre la « gauche » en reniant sa tradition majeure, la défense de la liberté.

Au lieu de répondre que la « liberté d’entreprendre » n’a rien à voir avec le droit de violer les lois et les droits des autres, on prétend contester la liberté.

On aurait aussi pu renommer les prétendus « libéraux » « impunistes » : ils contestent la défense contre les « crimes en col blanc »… "Anti-impunistes" serait alors approprié à la lutte contre ces destructeurs de la loi.

Mais "anti-libéral" demeurera, dans l'esprit de tous, associé avec "totalitariste"... et ne saurait être accepté par un homme de gauche, libéral au vrai sens du mot.

D’une certaine façon, par contre, le slogan « anti-libéral » s’applique très bien au vote de rejet par la France du Traité « constitutionnel » européen : contrairement à ce que prétendaient ses opposants, ce traité n’introduisait pas les mesures « libérales », déjà en filigrane de tous les traités en vigueur ; il offrait aux citoyens la liberté de manifester leur accord ou leur désaccord par l’extension des pouvoirs de l’Assemblée et la diminution de ceux de la Commission ; il offrait la liberté d’opposer les lois sociales à la « loi du marché » et à la prétendue « liberté d’entreprendre » ; et l’autorisation des privatisations partielles ne se substituait pas à la défense des services publics, mais bien à l’obligation des privatisations totales, prévue par les traités en vigueur. Le traité prétendait organiser une cohabitation entre la loi du marché et l’action sociale là où, sans lui, la loi du marché, donc le refus de la liberté d’action sociale, était en place. Aujourd’hui, le nouveau Défenseur du Féodalisme Économique au pouvoir en France envisage un nouveau traité, sans la moindre trace de liberté sociale. Les « anti-libéraux » ont gagné !

jeudi 17 mai 2007

La fiction s'en mèle

Est disponible sur le net (enfin, en principe... :

Deux ans après (www.deuxansapres.com)

"Novembre 2009. Un Président libéral flirtant avec l¹extrême droite dirige
le pays depuis deux ans. Dans une France bien-pensante et sécuritaire, les
clivages se sont exacerbés au point de faire naître une Résistance. Sa
vocation principale est de soulager la souffrance sociale, mais ses
activités menacent la stabilité du pouvoir. A l¹occasion d¹une enquête sur
un crime d¹Etat raté, l¹avocate du quidam arrêté par erreur explore cette
nouvelle France polarisée à l¹excès. A la fois noir et drôle, ce roman que
nous vous invitons à télécharger gratuitement et à diffuser le plus
largement est le premier acte de militantisme littéraire sur le web."
(sic)
>> Télécharger...
<http://deuxansapres.typepad.com/resistance/files/deux_ans_apres.pdf>

jeudi 10 mai 2007

Un message sans ambiguïté

Ce que l’ "incident de Malte" révèle est, d’une manière que personne ne pourra plus nier, si ce n’est pour des raisons tactiques, la prise de possession du pays entier par celui qui a utilisé Nicolas Sarkozy comme prête-nom, parce qu’il estimait ne pas avoir le charisme de son modèle Silvio Berlusconi. En offrant au susdit prête-nom un séjour de vacances qui le consolera de la pénibilité des cinq ans d’Elysée qu’il va devoir assumer, Vincent Bolloré a affiché haut et clair qui est désormais titulaire occulte et non élu de la magistrature suprême, et employeur du prétendu Président de la République : le capitaine d’industrie et futur propriétaire de plusieurs titres majeurs de la presse française, celui qui, par des articles juste déformés à souhait, a su détourner le cœur de l’électorat socialiste, les lecteurs de l’ex-quotidien « de gauche » Le Monde, d’un vote conforme à leurs idées, le futur Berlusconi français Vincent Bolloré. Ne pas voir que, par son « cadeau » à son « ami » Sarkozy il a revendiqué haut et clair la répartition des rôles qu’il estime juste, lui aux idées et son prête-nom à l’Elysée, demande maintenant un aveuglement coupable dont, hélas, l’électorat français ne demande que l’occasion de faire preuve, si on ne l’en empêche pas. Les commentaires pseudo socialistes du Monde, l’un pour reprocher à Ségolène Royal la défaite qu’elle seule aurait pu éviter, l’autre pour présenter Sarkozy comme un « démocrate de gauche » ne font que surenchérir sur cette tactique et cette volonté de diriger la France par presse interposée de Vincent Bolloré. Que la société française, et le PS en particulier, ne se trompe plus d’adversaire. Sarkozy n’est qu’un camouflage et le porte-parole efficace de l’adversaire réel.

mercredi 9 mai 2007

La revanche de Guizot

L’élection de Nicolas Sarkozy est la plus belle revanche posthume que les amnésiques français pouvaient offrir à Guizot. Car le programme de Nicolas Sarkozy tient tout entier dans la formule de Guizot : « Enrichissez-vous », avec le même sous-entendu : à condition d’en avoir les moyens, de ne pas être parmi les exclus ou les exploités du système..

Sarkozy veut, comme Guizot avant lui, que ceux qui sont en mesure de gagner de l’argent ne soient pas gênés pour ce faire par la nécessité de permettre de vivre aux exclus et aux exploités du système. La seule différence est que Sarkozy doit, pour retrouver le programme de son devancier, abolir les mesures sociales qui ont été mises en place, par étapes, depuis le renversement de son inspirateur. Les descendants de ceux qui ont fait tomber Guizot ont oublié ce qu’ont été obligés de faire leurs ancêtres pour nous permettre d’exister dans la France actuelle qui, si elle n’est pas socialiste, n’est plus la jungle des capitaines d’industrie qu’encourageait Guizot à s’enrichir aux dépens du reste de la population. Pour la recréer, il faudra à notre nouveau président ramener le pays en arrière de plus de cent soixante ans. Mais il compte bien le faire, si les électeurs ne réveillent pas leur mémoire et leur volonté de maintenir en France une part de justice sociale.

Fichage génétique

La loi Sarkozy sur le fichage génétique des primo-délinquants, la tendance à surveiller à vie quiconque se fait arrêter pour un délit mineur, une discussion sur une liste Internet, m'ont fait écrire le suivant:
On prétend que ceux qui commettent un petit délit
risquent d'en commettre un plus gros ensuite.
On prétend le déduire d'un raisonnement à l'envers qui
utilise le fait que presque tous les grands criminels
ont commis des délits moindres avant leur(s) crime(s)
majeur(s).
Si elle était possible, il serait utile de faire une
étude qui mette les choses dans le bons sens et qui
recense, avec les études de probabilités appropriées
- combien d'auteurs de délits impunis ont poursuivi
et aggravé leur carrière criminelle;
- combien d'auteurs de délits impunis ont préféré
ne pas recommencer soit par sagesse,
soit par crainte d'être pris;
- combien d'auteurs de délits qui se sont fait prendre
ont préféré ne pas recommencer;
- combien d'auteurs de délits qui se sont fait prendre
ont recommencé en se disant "on ne me prendra pas
de nouveau;
- combien d'auteurs de délits qui se sont fait prendre
ont recommencé parce que la sanction leur a paru
trop légère;
- combien d'auteurs de délits qui se sont fait prendre
ont recommencé parce que la sanction leur a paru excessive
et qu'ils ont voulu la mériter à postériori;
- combien d'auteurs de délits qui se sont fait prendre
ont recommencé parce que, en prison, ils ont "compris"
les règles du milieu;
- combien d'auteurs de délits qui se sont fait prendre
ont recommencé parce que l'inscription sur le casier
judiciaire les empêchait de redevenir honnêtes;
etc...
Il y a de quoi rendre fou quiconque voudrait prouver
à l'aide des statistiques qu'il y a des criminels
irrécupérables qu'on devrait ficher dès le premier délit
(et quelle proportion des délinquants juvéniles
représente cette catégorie).
A moins que le seul fait de prétendre la chose ne soit
déjà un indice inquiétant quant à la bonne santé mentale
du maniaque du fichage...

jeudi 3 mai 2007

Impots

Je n'ai pas suivi le débat d'hier, mais quelques phrases du candidat néo-féodaliste (la libération des patrons des contraintes sociales, j'appelle ça du néo-féodalisme) étaient basées sur la vision de l'impôt sous son seul aspect de charges que l'état gourmand essayerait d'élargir au maximum pour le seul plaisir de remplir ses caisses; cette vision, tout à fait normale dans une pensée féodaliste, est tout à fait incompatible avec tout questionnement sur le rôle de l'Etat et la nécessité, réelle, de disposer des moyens de remplir ce rôle.
Dans la vision sociale, l'impot est seulement le moyen pour l'Etat de pouvoir assumer ses tâches; les impôts doivent être décidés exclusivement en foncrion des besoins (ce qui, soit dit entre parenthèses, rend incorrect l'idée d'un impot punitif comme l'est l'impôt sur la fortune, même rebaptisé Impôt de Solidarité); à la lmite et même si la tachede redistribution est aussi une tache de l'état, le moyen de l'assurer devrait être séparé des impôts "ordinaires".
Et plutôt que de remplir d'abord les caisses le plus possibles en créant des charges plus ou moins supportables par les contribuables, l'organisation des actions nécessaires en fonction de leurs nécessités, puis la décision de répartir le financement de ces actions par des prélèvements adaptés, demande une remise à plat de tout le système, et d'abord l'inversion des priorités entre le prélèvement de l'impot et l'utilisation des fonds recueillis.
Les charges ne doivent pas être imposées pour le plaisir ou parce que c'est possible; elles doivent n'être mises en forme et réparties qu'après le débat sur les nécessités...