Le commerce est né de la société de production ; le rôle du commerçant était d’aider à la diffusion et à la répartition des objets produits, tout comme le rôle du financier était de permettre cette production et cette diffusion. Dans cette société, les prédateurs se limitaient à la fonction de défense et d’attaque contre les sociétés voisines, et la fonction utilitaire de commerçant ne pouvait mener à une attitude de prédation et à l’enrichissement du commerçant (hormis l’enrichissement potentiel par l’acquisition des stocks et des outils de son commerce).
Avec la diffusion de l’attitude prédatrice hors des cercles militaro-aristocratiques, deux formes de prédation différente sont apparues chez les commerçants, liés à la présence de « riches » aussi bien parmi les producteurs que parmi les consommateurs. Certains commerçants, alliés aux riches producteurs, considéraient le client comme une proie ; d’autres, alliés aux consommateurs riches, considéraient que leur fonction était de piller les richesses insoupçonnées des producteurs au profit de leurs clients et, bien sûr, d’eux-mêmes. Ces deux prédations commerciales concurrentes mais distinctes ont, avec le développement de la prédation financière qui, elle aussi, considère comme naturelle l’existence des productions d’une part, des consommateurs et, donc, que ces deux catégories constituent un terrain de chasse plus ou moins inépuisable, cédé la place à un commerce-prédation qui exploite simultanément la richesse « naturelle » des objets produits par les proies « producteurs » et celle née de nulle part des proies « consommateurs ».
Le premier système hésitait entre le « producteur-roi » et le « client-roi ». Le second ne donne plus aux deux catégories que le statut de proie plus ou moins consentante, et réserve le statut de « roi » aux seuls prédateurs du système, les commerçants.
Inutile d’insister sur le fait qu’un tel système épuise progressivement sa base d’existence formée des deux catégories méprisées. Mais ceux qui en prennent conscience ne voient d’autre solution que la solution individuelle de profiter du système tant qu’il n’a pas croulé sous son propre excès de poids en rentrant dans la seule catégorie acceptée, celle du prédateur (financier ou commerçant)…
