mercredi 28 février 2007

Des migrants et des délinquants

Une affiche (vue dans le métro) nous rappelle fort opportunément que traiter les migrants comme des délinquants n'est pas acceptable; mais traiter les délinquants comme des migrants, autrement dit contester toute action policière à l'encontre des délinquants est-il plus acceptable? Et la confusion dans un sens ne nourrit-elle pas celle dans l'autre sens?
Exiger de la police et de la justice plus de discernement va avec la nécessité de lui laisser la possibilité de faire son travail, la lutte contre crime et délinquance, en même temps qu'on leur interdira les abus liés à la confusion.
Pour valider la présomption d'innocence, il faut en interdire l'usage par les coupables avérés.
Pour pouvoir l'appliquer aux migrants non délinquants, il faut que les délinquants soient bien traités comme tels, même si migrants.

lundi 26 février 2007

La démocratie, un mensonge?

Je réagis à retardement à l'article du Nouvel Obs du 26 octobre dernier, interview de l'écrivain José Saramago, mais je ne l'avais pas lu, seulement mis de côté.
Je repense à la phrase de Churchill : la démocratie est le pire des régimes possibles, si on exclut tous les autres.
Et à la définition de la liberté dans certains pays libérés de l'occupation nazie: la liberté, c'est quand on entend sonner le matin à cinq heures et qu'on pense "Tiens, v'la l'laitier..."
Sans oublier la plaisanterie française: En dictature, on te dit : tais toi!; en France, on te dit : cause toujours, tu m'intéresses!
Malgré tous les défauts de la démocratie REPRESENTATIVE (ne perdons pas de vue que la démocratie directe n'a de sens que dans une petite communauté, au maximum un village de 200 habitants), elle demeure le seul régime où chacun peut essayer de s'informer et de défendre ses opinions, et même si lres prétendues "contraintes économiques" imposent les choix politiques de tous les "représentants du peuple", les citoyens, par leur intermédiaire et celui des consultations nécessaires, ou par leurs actes économiques (achats ou boycotts de produits, manifestations) peuvent influer même sur ces prétendues contraintes.
Un antidémocrate populiste (je sais ce que veut le peuple, pas besoin de demander) notoire vient de ressortir un programme que, même s'il parvenait, à la France ne plaise, au pouvoir, il ne saurait appliquer; pas tant à cause des "contraintes économiques" que des réalités politiques, des traités signés et ratifiés, des réactions des opinions en France et ailleurs dans le monde.
Même si les antidémocrates de tout bord (mais à mes yeux tous d'extrême droite même s'ils se réclament du socialisme) la dénigrent et prétendent qu'elle n'exprime pas la "volonté du peuple", elle demeure ce qui y reste le plus conforme...

vendredi 23 février 2007

Une campagne à l'envers

L’article de Claude Weill dans le dernier N.O. est tout à fait juste sur ce point ; il est incroyable et inadmissible que ce soit à Mme Royal de faire la remise en place des bases d’un combat législatif, de la mise en place d’un programme qui n’a rien de présidentiel et tout de législatif, de la définition des buts et des moyens de la réalisation de ce programme.

Le résultat est que Mme Royal doit assumer en même temps les deux rôles de candidat à la présidence, c.a.d. de femme d’état, et de chef du parti pour les élections législatives, c.a.d. de chef politique. Et tout le monde sait bien que ces deux rôles sont, de fait, incompatibles et que le grand écart que représente le fait de prétendre assumer les deux ne peut conduire qu’à des bourdes et des positions intenables.

Le premier coupable de cette situation est certainement Lionel Jospin, pour avoir voulu assumer de front les deux rôles contradictoires de premier ministre et de candidat à la présidentielle. Le résultat était couru d’avance ; avoir de plus subordonné l’élection législative au résultat de la présidentielle n’a fait qu’aggraver la situation de l’équilibriste-candidat, et ses conséquences pour le Parti Socialiste.

Les autres coupables ont été tous ceux qui ont ignoré le besoin de reconstruire le P.S. avant de se placer comme candidat, et celui de doter le dit P.S. d’un chef de parti pour la bataille législative en plus des éventuels candidats à la présidentielle.

Il faut laisser à Mme Royal le fait qu’elle essaye de recréer un parti qui a cessé d’exister le 20 avril 2002. Je dis bien le 20 : avant l’élection, pas le lendemain…

Le résultat est là. Que le candidat d’en face soit aussi incapable de gérer son image de président possible de tous les français et fasse apparaître l’élection comme un acte de soumission à leur futur maître de tous ceux qui ne font pas partie de sa clique n’arrange hélas rien.

Cela apporte quelques voix à M. Bayrou, et met de façon hélas plus que probable Le Pen largement en tête…

Une autre conséquence est le fait que ceux qui, au parti socialiste, croient en la préparation de l’élection législative en dehors de l’élection présidentielle, gaspillent leurs forces : à partir du moment où Mme Royal est la représentante du programme législatif du P.S., le présentation des candidats se ramène à « Tous avec Ségolène, et je suis son représentant dans la circonscription ». Et en cas de défaite de la candidate unique, sera-ce encore la peine de se présenter ? Quant à présenter autre chose que le soutien (éventuellement à retardement) à Mme Royal, il n’en serait même pas question…

lundi 19 février 2007

Liberté, liberté chérie...

Voici un mot qui a au moins trois sens tellement différents qu’il faudrait en fait trois mots différents pour les exprimer ; car il n’y a pas seulement des différences, il y a même des contradictions entre eux, au point qu’entre les « libertaires » (anarchistes) et les « libéraux » (mais y a-t-il quoi que ce soit de communs entre le « libéralisme » «économique et la défense des libertés politiques ?), sans compter les prétendus libertariens américains, dont les théories ont tellement changé en trente ans que leurs partisans d’autrefois sont leurs adversaires les plus acharnés aujourd’hui et réciproquement, ce mot, si bien illustré par le célèbre poème d’Eluard qui, de fait visait l’une bien précise de ses significations, a été mis à toutes les sauces et souvent de façon contradictoire.

Distinguons donc au moins trois variétés différentes :

La liberté d’opinion et d’expression, aujourd’hui « garantie » par la Déclaration des droits humains, et pourtant encore contestée par certaines dictatures idéologiques ou religieuses (« blasphèmes », « hérésies » et autres…)…

La liberté physique, l’absence de contrainte, d’emprisonnement, dont disposent les citoyens et plus généralement les résidents des pays démocratiques « libres » (c.a.d. non occupés par des forces armées étrangères)…

La liberté d’action et souvent de nuire au prochain dont disposent les délinquants qui n’ont pas été arrêtés et mis hors d’état de nuire ; liberté liée au laxisme où à l’impuissance des autorités, à des réclamations excessives de tous ceux qui craignent, pas toujours, mais souvent, à tort, que la lutte contre la délinquance se transforme en « chasse au faciès » ou en dictature.

La confusion permanente entre ces trois concepts assez distincts aboutit à des aberrations que je refuse d’accepter :

La confusion entre innocence et non-condamnation qui aboutit à ce que ceux qui profitent (abusent ?) de la présomption d’innocence sont plus souvent les coupables en attente d’un non-lieu que les vrais innocents qui resteront marqués par l’accusation subie à tort…

La confusion entre libéralisme et laxisme qui se cache derrière le refus de toute répression, alors que l’important est de bien la limiter aux seuls coupables et de protéger les innocents non seulement contre les bavures de la répression, mais aussi contre les exactions des vrais criminels…

Et cet emploi abusif du mot « libéralisme » pour désigner la liberté de nuire laissée aux « barons » de l’économie par un système qui ramène le capitalisme autrefois progressiste à la seule justification d’une féodalité financière ; la loi du marché, qui serait gage d’égalité en l’absence de « puissances financières », se transforme sous leur action en oppression économique de la majorité par les quelques « nobles » de la nouvelle noblesse de l’argent. Au point que certains s’enorgueillissent maintenant d’être « anti-libéraux » en confondant refus de la « liberté » de nuire des « puissants » et refus général de la liberté, retour à la dictature ?

Je ne sais pas bien comment il faudrait modifier les défauts de cette polysémie du mot « liberté », quels mots différents il faudrait créer et populariser ; mais je crois qu’une des racines de la confusion politique actuelle est là, dans ces emplois excessivement variés, voire contradictoires, d’un mot qui devrait être réservé au seul sens illustré par Eluard…

vendredi 16 février 2007

Petits candidats et remise en cause de la démocratie

Je vois dans le 20 minutes d’hier une liste des « petits candidats », c.a d., parce que c’est ainsi que je crois nécessaire de les considérés, de ces saboteurs du débat démocratique qui prétendent fausser l’élection en enlevant aux candidats susceptibles d’être élus et, éventuellement, de réaliser les actes que ces parasites prétendent demander, les voix des électeurs qui désirent les dits actes. A la limite, les électeurs qui votent pour un tel candidat votent CONTRE les idées qu’il prétend défendre, en enlevant leur voix au candidat éligible susceptible de les réaliser.

Ceci est aussi vrai à droite qu’à gauche, bien sûr, même si, comme nous l’avons vu en 2002, c’est à gauche que cela est le plus nuisible : nous avons bien vu en 2002 comment, en détournant les voix des électeurs « de gauche » vers toutes les formes variées de l’engagement politique qui se réclament de la gauche, les « petits candidats » ont réussi à ce que la gauche ne participe pas au scrutin réel qu’est le second tour.

Avec leur système de primaires, les Etats-Unis ont pu mettre en place un système qui permet de choisir entre plusieurs candidats qui se réclament du même bord après quoi un seul tour donne un choix réel ; même si le système ne manque pas par ailleurs de défauts et d’opacités, de déficit démocratique, au moins il n’a pas ce défaut que je crois majeur. Que le « candidat unique » doive être choisi entre plusieurs prétendants ne fait pas de doute ; mais une fois ce débat interne à la gauche (ou à la droite) réglé par un système de primaires, à quoi cela sert-il de venir enlever au seul candidat éligible de gauche une partie des voix dont il a besoin, alors même que plusieurs autres candidats sont susceptibles de lui barrer l’accès au second tour, parce qu’il y a quand même différence entre un candidat centriste, un candidat de droite libérale et un candidat d’« extrême » droite totalitaire et que la présence de deux d’entre eux au second tour n’est pas exclue.

Les parasites de droite sont à la limite moins nocifs, parce qu’ils ne remettent pas vraiment en cause la présence de leurs idées au second tour. Ils n’en rendent pas moins, eux aussi, ridicule le processus démocratique qui devrait avoir pour seule fin de choisir, entre les candidats crédibles, l’élu final.

Des intellectuels et de la droite

Virent-ils à droite ?

Ce titre du Nouvel Observateur m’interpelle et me fait réagir avant même d’avoir lu l’article ; parce qu’il faudrait savoir ce que signifie « virer à droite » et, même, ce qu’est « la » droite.

Entre le déni des libertés du « fascisme » et autres dictatures dont certaines se réclament de la gauche et le libéralisme économique plus ou moins teinté de justice sociale, il n’y a pas une telle corrélation (terme de statistique) qu’on puisse prétendre définir les différents types politiques sur un axe gauche-droite ; la typologie est elle aussi un outil statistique souvent beaucoup plus parlant et efficace, parlant et rigoureux que n’importe quel prétendue statistique ou sondage sur une question.

Et prétendre que vouloir introduire une certaine rigueur (je n’ai pas écrit rigidité, c’est autre chose) dans les analyses et les réponses soit virer à droite est un non-sens. A moins que « de droite » signifie : qui sait ce qu’il veut (même si c’est une volonté anarchiste, socialiste) et « de gauche » signifie « qui se contente d’un laxisme total, y compris pour les actes fascistes des criminels, racketeurs et terroristes ». Je ne pense pas que Jaurès aurait approuvé cette vision.

Sans autoriser un « libéral autoritaire » (vous voyez à qui je pense) à invoquer les mânes de Jaurès et de Blum, prétendre que les ayant-droits à l’héritage sont ceux qui défendent le laxisme pur et l’abandon de toute discipline républicaine, qu’un Chevènement vire à droite quand il veut enseigner le respect du passé : à mon avis,c’est plutôt en faisant voter Non à l’introduction d’une part sociale en Europe sous prétexte que la nature libérale des traités précédentes n’est pas totalement abrogée d’un seul coup, mais seulement atténuée que Chevènement, et tous les « nonistes » de soi-disant gauche ont agi en « militants de droite ».

Là-dessus, je regarde ce que contient l’article, et accessoirement un article du Parisien sur le même thème ; et le titre est tout simplement à côté du sujet principal, même si cette antienne que je crois incorrecte d’opposer « être de gauche » et « vouloir une société avec des règles » le traverse par moments et fait l’objet d’une réponse de deux pages que j’approuve globalement même si je ne suis pas ancien « gauchiste » de la même manière que Bernard-Henri Lévy.

Le sujet n°1, dans un article qui se disperse de tous les côtés et qui multiplie les affirmations contradictoires, est le ralliement de certains intellectuels à Sarkozy ; d’autres auraient parlé de la prétendue ouverture à gauche de Sarkozy, de sa prétendue prise en compte des réalités sociales. Et donc de la crédulité des ralliés.

Le sujet n°2, qui s’y mélange, est le manque d’effet sur l’opinion des prises de position des intellectuelles, le fait qu’une phrase de Zidane atteint plus de monde que 100 pétitions signées par 1000 personnes chacune (les mêmes à peu de chose près, bien sûr).

Le sujet n°3 est la recherche de ce qu’est, actuellement, la galaxie « intellectuelle de gauche, les éventuels changements de position, et là on trouve les affirmations que je contestais plus haut.

Le sujet n°4 est de savoir dans quelle mesure Ségolène Royal reflète les positions évoquées au 3°, et dans quelle mesure elle, et aussi Sarkozy, cherchent plus des soutiens « populaires » (Zidane ou Doc Gynéco) que des intellectuels ; à la limite, Sarkozy est plus demandeur d’intellectuels que Madame Royal, et ceci justifie aussi les ralliements cherchés et obtenus.

Et j’oublie des affirmations variées, plus ou moins valables et réfléchies, et sans véritable rapport avec les sujets ci-dessus, qui font de l’article principal du Nouvel Observateur un véritable magma de confusion.

On peut se passer de lire cet article, à part les deux pages de Bernard-Henri Lévy…

Néanmoins le lien:
http://hebdo.nouvelobs.com/p2206/dossier/a333224.html
J'ai bien sû signalé ma propre réaction sur leur site.

jeudi 15 février 2007

Rebellion citoyenne

Après lecture de ces mots et du début de la tribune ainsi dénommée dans un quotidien, je résume mon impression: Pour obtenir des lois qui nous conviennent, il ne faut pas respecter les lois existantes. Toute loi qui n'a pas été approuvée par 100% de la population, y compris les nouveaux-nés et les criminels, ne s'appliquerait qu'à ceux qui veulent la respecter.
En fauchant les champs d'OGM légaux, Bové appelle les partisans du "progrès" OGMique à semer illégalement en dehors des parcelles autorisées. A chaque champ légal fauché répondrait, suivant la même logique, l'aspersion de graînes particulièrement résistantes et actives dans dix champs "biologiques"?
Aucune loi ne saurait être parfaite ni satisfaire tout le monde, et il est nécessaire, en bon citoyen, d'intervenir pour essayer de modifier, si les autres citoyens sont d'accord, si je peux les convaincre du besoin, ce qui est inacceptable à mes yeux; de là à justifier une rébellion, parfois nécessaire, généralement excessive, il y a un hiatus.
Passons sur le cas particulier de l'élection présidentielle. On a vu en 2002 comment l'accumulation de révoltes et de candidatures pour manifester ces révoltes a abouti à faire simplement exclure du second tour le candidatque la plupart des "candidats parasites" volaient seulement obliger à tenir compte d'eux, et à faire taire plus de la moitié de l'électorat. En plus la légitimité gagnée par le candidat anti-républicain va peser lourd cette année. Toute candidature "pour compter les voix", toute candidature de manifestation, aboutira au résultat inverse de celui affiché: renforcer les deux candidats les plus anti-démocrates. Et remettre en cau se, au moins sur le plan moral, la validité du système des deux tours, puisque, comme en 2002, nous isquons de devoir choisir entre deux candidats dont aucun ne représentera les électeurs d'une partie importante de l'opinion, celle de la gauche ou celle de la droite "raisonnable" suivant le cas. José Bové, par sa candidature, détourne ses propres partisans du soutien nécessaire à celui des candidats réels (ceux qui visent le second tour) le plus proche de ses idées; autant dire qu'il tire contre son propre camp!
Dans certains cas (est-ce celui de Bové?), c'est volontaire: politique du pire, assurer le succès de l'ennemi pour justifier une révolte totale après avoir rendu impossible un succès légal. Bref, propager une "rebellion citoyenne" qui assure un état de guerre civile permanente.
Mais n'est-ce pas de cette façon que le progrès social français, n'avançant que par accoups contre des résistances toujours renforcées par ce climat, a été tellement plus lent que dans des pays de consensus, et est perpétuellement remis en cause?

vendredi 2 février 2007

Violence

Avez-vous vu les affiches sur (prétendument contre) la violence ? Ne les avez-vous pas trouvées violentes ? L’impression qu’elles me donnent, c’est celle de légitimer la violence en tant que riposte à la violence existante. Elles ne parlent pas vraiment de soigner la violence par la parole, mais bien de crier pour accroître le climat général. En bref, elles disent aux moutons : si vous criez plus fort que les loups, si tout le monde devient loup, la violence reculera en devenant toute-puissante. Bref, une contradiction profonde et dangereuse.