La crise guadeloupéenne nous montre ce qui se passe quand, dans une société où les producteurs ont, de tout temps, été exploités et méprisés, les gens désirent profiter des avantages de la société et devenir consommateurs plutôt que producteurs.
Dans la société guadeloupéenne et les autres sociétés de type colonial (ou « post »-colonial, mais qui restaient basées sur les mêmes principes) plus encore que dans les sociétés « industrielles », une proportion importante de la population produisait, sans en bénéficier, le nécessaire pour les exploiteurs (colons ou « investisseurs »). Dans le mode de pensée aujourd'hui privilégiée, où celui qui produit ou crée est d'autant plus méprisé qu'il produit plus et où le succès, la réussite, est jaugé exclusivement en capacité de consommation, il était fatal que la proportion de créateurs et de producteurs diminue. Lorsque cette diminution dépasse un certain niveau et que la quantité de consommateurs non producteurs locaux excède le niveau où la production, qui diminue avec le nombre de producteurs, peut faire face aux besoins et aux demandes, la crise est inévitable. Surtout si les ex-producteurs réclament de passer du côté consommateurs: il ne s'agit même plus de partager le gâteau, puisqu'il n'y a même plus de gâteau faute de cuisiniers!
Et ce qui se passe en Guadeloupe n'est que la révélation d'une situation en impasse qui est présente partout: à force de s'entendre répéter que le travail est incompatible avec l'enrichissement, et qu'il faut être riche et consommer, pas fabriquer et produire, les travailleurs cessent de créer cette richesse dont ils demandent à être consommateurs. La crise qui a éclaté en Guadeloupe et qui devrait, sauf miracle, s'étendre au monde entier, est auto-génératrice: moins il y a à partager, plus il y a de demandeurs.
À moins d'un retour à la vision créatrice du monde, accompagné bren sûr d'une équité dans la répartition des richesses une fois celles-ci produites, le cercle vicieux lié à la vision consommatrice aboutira, à plus ou moins court terme, à, la disparition complète de la richesse mondiale, consommée à 100%, produite à 0%!
Il est effectivement temps de dire « Non à l'exploitation », mais en ajoutant « Oui à la création » et en redonnant aux créateurs la fierté de leur travail, que la société moderne a complètement bannie.
Si l'humanité veut survivre, cette revalorisation de la création et de la production, accompagnée de la dévalorisation de la possession, de la prédation, du pouvoir de consommer, est indispensable et urgente.
lundi 16 février 2009
dimanche 8 février 2009
Le Vrai et le Vraisemblable
Dans le cours d'une discussion, la citation de Nicolas Boileau "Le Vrai peut quelquefois n'être point vraisemblable" revient parfois, et elle est généralement utilisée pour dire que l'invraisemblable peut néanmoins se réaliser. Or ce n'est pas du touit l'idée qu'a voulu exprimer Boileau.
Ce qu'il a voulu dire, c'est que toute oeuvre littéraire de fiction devait absolument présenter un caractère de vraisemblance, pouvoir être cru par le lecteur; et comme il n'est absolument pas demandé à une fiction de prétendre raconté quelque chose de réellement arrivé, mais bien de plaire au lecteur et de "mentir vrai" comme l'a dit plus récemment Louis Aragon, l'argument selon lequel un fait est vrai ("authentique" aurait écrit Jimmy Guieu en note) ne donne à ce fait absolument aucun droit de présence dans une oeuvre littéraire. L'invraisemblable peut être vrai; il n'est pas acceptable en littérature, nous dit Boileau.
La littérature moderne a un peu repris cette règle: l'invraisemblable est toléré dans certaines oeuvres sous la forme de "vérité psychologique", quand le roman porte sur ce que vit et perçoit ou comprend le narrateur ou les personnages. Ce qui compte alors, ce n'est plus que le fait soit "invraisemblable mais vrai", mais qu'il soit "vrai donc vraisemblable" aux yeux du narrateur ou des personnages.
Ce qu'il a voulu dire, c'est que toute oeuvre littéraire de fiction devait absolument présenter un caractère de vraisemblance, pouvoir être cru par le lecteur; et comme il n'est absolument pas demandé à une fiction de prétendre raconté quelque chose de réellement arrivé, mais bien de plaire au lecteur et de "mentir vrai" comme l'a dit plus récemment Louis Aragon, l'argument selon lequel un fait est vrai ("authentique" aurait écrit Jimmy Guieu en note) ne donne à ce fait absolument aucun droit de présence dans une oeuvre littéraire. L'invraisemblable peut être vrai; il n'est pas acceptable en littérature, nous dit Boileau.
La littérature moderne a un peu repris cette règle: l'invraisemblable est toléré dans certaines oeuvres sous la forme de "vérité psychologique", quand le roman porte sur ce que vit et perçoit ou comprend le narrateur ou les personnages. Ce qui compte alors, ce n'est plus que le fait soit "invraisemblable mais vrai", mais qu'il soit "vrai donc vraisemblable" aux yeux du narrateur ou des personnages.
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