jeudi 26 juillet 2007

Trahir le peuple de gauche?

Marianne nous ressort cette antienne usée du "peuple de gauche" et des socialistes qui l'auraient trahi (lesquels? je n'ai pas ouvert le journal pour le savoir). Laurent Fabius, l'homme au double langage, parle dans le Nouvel Obs de retrouver les valeurs fondamentales de la gauche (mais sont-ce bien celles qu'il croit?).
Indépendamment de mon allergie profonde envers le prétendu alignement gauche-droite d'idées dont la classification demande, au moins, une AFC en deux voire trois dimensions (libertés d'opinion et d'expression et rigidité du système économique sont très faiblement correlées, et la corrélation avec le système politique demande à être vérifiée), la question ici posée est extrêmement simple: la fidélité aux idées de base de liberté, de socialisme, de société et de non-exploitation passe-t-elle par la répétition des formules d'un dogme périmé et inadapté aux formes actuelles de néo-féodalisation ("libérale") et d'exploitation (consommation)? La langue de bois de la prétendue "lutte de classes" est-elle autre chose qu'une démagogie anti-sociale et tenir compte de la réalité économique et politique mondiale? vouloir faire de la mondialisation une forme moderne de l'internationale, des consommateurs autant que des travailleurs et, avant tout, des humains, est-ce trahir la gauche ou, au contraire, est-ce lui être fidèle tandis que les démagogues du langage ancien sont les vrais traitres, ceux-là même qui assurent la victoire et la consolidation du système bolloriste?
Dans le débat sur la "refondation" du PS et de la "gauche" entière, cette question de vocabulaire et de formulation des idées est fondamentale.

jeudi 19 juillet 2007

TVA antisociale et inflation

Indépendamment des autres arguments, qu’on peut contester parfois de façon juste, contre le transfert des charges sociales à la TVA, l’idée, théoriquement justifiable, que le passage de la TVA de 17% à 22% serait compensé par une baisse des prix hors taxes, vu celle des prix de revient liée à celle des charges sociales ne tient aucun compte de l’importance du sentiment de hausse dans la création des hausses réelles. Sans même tenir compte du fait que la baisse des charges n’influerait que sur un des facteurs du prix de revient, et que hors industries de main-d’œuvre la baisse des prix de revient ne permettrait pas une baisse suffisante des prix hors taxes, les acteurs du jeu économique, ayant l’impression d’une hausse à venir de 5%, loin de baisser leurs prix HT, les augmenteront de 5%. Ce qui aboutira à une hausse finale totale de

(1,05)(1,22/1,17)-1, c.a.d. de 9,5% ; elle-même génératrice, à plus ou moins court terme suivant le temps que mettront les fixateurs de prix à se rendre compte de cette hausse réelle, d’un effet boule-de-neige. Dans un pays où les acteurs du jeu économique sont plus disciplinés et plus réfléchis qu’en France, par exemple en Allemagne ou au Japon, croyant, à tort, prendre le risque de pertes, les industriels et les marchands auraient joué le jeu et baissé leurs prix de façon annuler l’effet sur les consommateurs de la hausse de TVA. En France, croyant que cette hausse va leur coûter, ils ne le feront pas ; les plus intelligents, ceux qui auront perçu l’absence de risque, imiteront les autres en se disant qu’ils accroissent leurs profits aux dépens des naïfs. Et l’effet désiré, amélioration de la compétitivité des produits français, sera transformé en aggravation de la non compétitivité et du déficit de la balance ! Et en crise inflationniste.

lundi 16 juillet 2007

Péchés capitaux

Je lis dans le Journal du Dimanche les remarques de Philippe Labro quant aux Péchés Capitaux qu’a inventé l’Église Catholique pour remplacer les Commandements de la Thora.

Les remarques de P. Labro me conviennent parfois, me déplaisent souvent, particulièrement quand il prétend mélanger Orgueil et Fierté.

Parce qu’il faut bien le dire, l’Ancien testament ne connaît qu’UN péché, le Péché Originel, répété plusieurs fois par les ils d’Adam, que ce soit avant le Déluge, avec la Tour de Babel... Et celui-ci est extrêmement précis, et proche de l’orgueil dont il est la forme extrême, l’hubris. Le Péché que D. punit régulièrement, c’est l’idée que l’Homme, image de D., mais non semblable à D., prétende s’égaler à Lui, et s’emparer des caractères divins que D., exclusif, entend ne pas partager. Il y a un certain nombre de commentaires psychologiques à faire, encore ces commentaires ne seraient-ils valables que si l’idée de base, la différence essentielle entre D. et sa création, était effacée. Autrement dit, on en revient toujours au même point, si le Péché Originel était transformé en Droit fondamental de la créature !

Ceci étant, les six autres « péchés capitaux » sont des inventions plus ou moins incohérentes de l’église pour justifier une « échelle de culpabilité » et le Purgatoire. L’avarice n’est pas un péché, mais une tare psychologique, objet de pitié plutôt que de punition. La colère est une réaction naturelle, parfaitement justifiée dans certains cas (la Bible ne nous rappelle-t-elle pas un certain nombre de colères divines ? L’envie n’est pas un péché, mais un sentiment, parfois à la base de péchés, c.a.d. d’actes délictueux au terme des Commandements. La Luxure est l’invention la plus inacceptable des sept, puisque le Péché Originel s’est manifesté par la pudeur, qui est bien l’antithèse de la luxure. Et la Paresse, comme l’avarice, est une tare qui devrait appeler la pitié, pas un péché à punir.

Contribuables en révolte contre leurs avoirs sociaux

Quand la nouvelle revue « Le Cri du Contribuable » proteste contre la part de revenus utilisée par les impôts pour permettre la vie sociale, quand ils revendiquent de ne plus payer la moitié de leurs revenus, c’est à l’existence même des rues, des routes, des services sociaux (hôpitaux, énergie, trains, bus) et de la sécurité générale (police qui, avec ses limites, évite que les rues ne soient le domaine permanent de gangs et des crimes en tout genre) qu’ils protestent. La seule possibilité alternative au payement par tous de ces bases indispensables de la vie sociale, c’est la privatisation totale, les droits de péage perçus par les propriétaires de routes et de rues, la protection des seuls clients des entreprises de protection par des milices privées, le soin des seuls clients de l’entreprise médicale par les médecins, la distribution à dos d’homme de piles et batteries électriques aux seuls clients payants du producteur, le transport réservé aux seuls propriétaires de droits de transport et de circulation, etc…

Que chacun de nous participe par son travail à l’existence d’une société commune n’est pas une punition divine, mais une capacité à développer. Si, par quelque miracle d’organisation, les droits au logement et à la nourriture, et tant qu’à faire à la culture, pouvaient eux aussi être assurés par la société (propriété sociale des lieux d’hébergement en quantité suffisante et de lieux d’alimentation, cantines publiques ouvertes à tous et convenablement approvisionnées et gérées, bibliothèques, médiathèques, théâtres et lieux de spectacle gérés par la collectivité), alors il serait normal que le travail des citoyens pendant neuf mois pleins servit exclusivement à assurer cette vie sociale, et que les trois mois restants soient laissés à chacun pour soit se reposer, soit gagner les compléments qu’il jugera utiles à la satisfaction de ses désirs non essentiels. Une utopie, bien sûr, mais c’est celle-ci vers laquelle doivent tendre les efforts de tous, pas vers la suppression des capacités existantes par diminution des ressources limitées dont la collectivité a besoin et qu’elle obtient par les impôts et charges sociales ! Les « Contribuables en colère » sont les ennemis de leur propre intérêt : pour que la collectivité puisse leur assurer ce minimum indispensable, il faut lui en donner les moyens ; on peut protester contre le mauvais emploi de l’argent collecté, mais on ne doit pas protester contre la collecte elle-même.

mercredi 4 juillet 2007

Education et consumérisme

Autrefois, on prétendait que l'éducation était une denrée précieuse dont il était essentiel de ne pas laisser le monopole aux classes dirigeantes; le droit d'apprendre était donc une réclamation justifiée, et son extension à tous un progrès. Mais cela concernait la transmission des connaissances, pour laquelle il était nécessaire que l'impétrant fasse l'effort d'apprendre ce qu'il avait obtenu le droit de connaître.
Aujourd'hui l'Éducation (nationale ou privée) n'apparaît plus que comme soit un supermarché où les diplômes sont distribués avec plus ou moins de générosité et une absence totale d'équité aux consommateurs que sont les élèves et les parents d'élèves, soit une prison où sont enfermés ceux qui savent déjà tout ce dont ils ont besoin pour leur vie de prédateur criminel (les réseaux de vente de drogue, de racket, etc...) et où il convient d'introduire l'illégalité et le respect des non-lois du milieu. Mais est-ce que ces visions, qui ont en commun l'absence de travail d'acquisition des connaissances, sont compatibles avec une société viable? Et l'essentiel de l'enseignement, la qualité indispensable à son existence, n'est-il pas la recherche assidue par l'élève de connaissances et de travaux?

mardi 3 juillet 2007

Migrations et immigration

Une fois de plus je reviens sur l’urgence d’adapter le vocabulaire à un phénomène de migration qui n’est pas une immigration. Un immigrant, c’est celui qui arrive dans le pays pour s’y installer de façon définitive ; c’est celui qui, aussi vite que le lui permet la loi, va demander la naturalisation. Le migrant, celui qui va à l’étranger chercher travail et conditions de vie que son pays ne peut pas lui assurer, même si, dès le début, il est un émigrant vu de son pays d’origine, même si aussi, souvent, il finira par s’installer de façon définitive dans le pays d’accueil et par en demander la nationalité, il devrait être désigné par un terme différent aussi longtemps qu’il n’a pas franchi ce pas énorme entre l’émigration et l’immigration que constitue la renonciation au moins partielle à ses attaches. Le migrant qui envoie tout ou partie de son salaire à sa famille restée « au pays » doit être bien séparé de celui qui a rompu, volontairement ou non (réfugiés), définitivement ou non, ses attaches et désire s’installer, s’intégrer, dans le pays d’arrivée. Les lois doivent être distinctes, les attentes du pays d’accueil aussi ; et si le vocabulaire ne sépare pas les cas, l’assimilation ou le rapprochement conduit à mal traiter l’un et l’autre cas. Il faudrait prévoir des titres de séjour distincts, avec des règles d’accueil distinctes. Par exemple, le renvoi dans le pays d’origine en cas de non-respect des lois qui s’appliquent à son cas est adapté au migrant temporaire, et totalement inadapté à l’immigrant, qu’il soit ou non réfugié politique. Certaines tolérances sur l’adaptation (maîtrise de la langue, connaissance des lois,…) doivent être plus larges pour le migrant qui n’est pas venu s’intégrer que pour l’immigrant qui prétend le faire.

Quant aux prétendus « immigrants de seconde génération », c.a.d. aux enfants nés en France de parents migrants ou immigrants, ils constituent des catégories différentes encore. Différentes de celles des parents d’une part ; mais différentes entre elles aussi, parce que celui dont la famille a conservé ses attaches dans le pays d’origine et qui a la nationalité de sa famille ou une double nationalité a des attentes, des droits et des devoirs différents de celui dont la famille a immigré en France et qui entend y rester en tant que Français. Là encore, il faut que tant la loi que le vocabulaire s’adaptent à la multiplicité des cas.

Une revue appelait voici presque un an à regarder en face la réalité de l’immigration ; si on ne commence pas par regarder en face le fait qu’il y a plusieurs réalités distinctes et même contradictoires entre elles, si on prétend traiter d’un seul regard et d’une seule loi ce mélange, on aura remplacé la prétendue « politique de l’autruche » par une politique de l’équilibriste ou une politique de l’épileptique. Et la loi imaginée par le « ministre de l’immigration et de l’identité nationale » sera une usine à gaz inutilisable.