Quand la nouvelle revue « Le Cri du Contribuable » proteste contre la part de revenus utilisée par les impôts pour permettre la vie sociale, quand ils revendiquent de ne plus payer la moitié de leurs revenus, c’est à l’existence même des rues, des routes, des services sociaux (hôpitaux, énergie, trains, bus) et de la sécurité générale (police qui, avec ses limites, évite que les rues ne soient le domaine permanent de gangs et des crimes en tout genre) qu’ils protestent. La seule possibilité alternative au payement par tous de ces bases indispensables de la vie sociale, c’est la privatisation totale, les droits de péage perçus par les propriétaires de routes et de rues, la protection des seuls clients des entreprises de protection par des milices privées, le soin des seuls clients de l’entreprise médicale par les médecins, la distribution à dos d’homme de piles et batteries électriques aux seuls clients payants du producteur, le transport réservé aux seuls propriétaires de droits de transport et de circulation, etc…
Que chacun de nous participe par son travail à l’existence d’une société commune n’est pas une punition divine, mais une capacité à développer. Si, par quelque miracle d’organisation, les droits au logement et à la nourriture, et tant qu’à faire à la culture, pouvaient eux aussi être assurés par la société (propriété sociale des lieux d’hébergement en quantité suffisante et de lieux d’alimentation, cantines publiques ouvertes à tous et convenablement approvisionnées et gérées, bibliothèques, médiathèques, théâtres et lieux de spectacle gérés par la collectivité), alors il serait normal que le travail des citoyens pendant neuf mois pleins servit exclusivement à assurer cette vie sociale, et que les trois mois restants soient laissés à chacun pour soit se reposer, soit gagner les compléments qu’il jugera utiles à la satisfaction de ses désirs non essentiels. Une utopie, bien sûr, mais c’est celle-ci vers laquelle doivent tendre les efforts de tous, pas vers la suppression des capacités existantes par diminution des ressources limitées dont la collectivité a besoin et qu’elle obtient par les impôts et charges sociales ! Les « Contribuables en colère » sont les ennemis de leur propre intérêt : pour que la collectivité puisse leur assurer ce minimum indispensable, il faut lui en donner les moyens ; on peut protester contre le mauvais emploi de l’argent collecté, mais on ne doit pas protester contre la collecte elle-même.

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