lundi 19 février 2007

Liberté, liberté chérie...

Voici un mot qui a au moins trois sens tellement différents qu’il faudrait en fait trois mots différents pour les exprimer ; car il n’y a pas seulement des différences, il y a même des contradictions entre eux, au point qu’entre les « libertaires » (anarchistes) et les « libéraux » (mais y a-t-il quoi que ce soit de communs entre le « libéralisme » «économique et la défense des libertés politiques ?), sans compter les prétendus libertariens américains, dont les théories ont tellement changé en trente ans que leurs partisans d’autrefois sont leurs adversaires les plus acharnés aujourd’hui et réciproquement, ce mot, si bien illustré par le célèbre poème d’Eluard qui, de fait visait l’une bien précise de ses significations, a été mis à toutes les sauces et souvent de façon contradictoire.

Distinguons donc au moins trois variétés différentes :

La liberté d’opinion et d’expression, aujourd’hui « garantie » par la Déclaration des droits humains, et pourtant encore contestée par certaines dictatures idéologiques ou religieuses (« blasphèmes », « hérésies » et autres…)…

La liberté physique, l’absence de contrainte, d’emprisonnement, dont disposent les citoyens et plus généralement les résidents des pays démocratiques « libres » (c.a.d. non occupés par des forces armées étrangères)…

La liberté d’action et souvent de nuire au prochain dont disposent les délinquants qui n’ont pas été arrêtés et mis hors d’état de nuire ; liberté liée au laxisme où à l’impuissance des autorités, à des réclamations excessives de tous ceux qui craignent, pas toujours, mais souvent, à tort, que la lutte contre la délinquance se transforme en « chasse au faciès » ou en dictature.

La confusion permanente entre ces trois concepts assez distincts aboutit à des aberrations que je refuse d’accepter :

La confusion entre innocence et non-condamnation qui aboutit à ce que ceux qui profitent (abusent ?) de la présomption d’innocence sont plus souvent les coupables en attente d’un non-lieu que les vrais innocents qui resteront marqués par l’accusation subie à tort…

La confusion entre libéralisme et laxisme qui se cache derrière le refus de toute répression, alors que l’important est de bien la limiter aux seuls coupables et de protéger les innocents non seulement contre les bavures de la répression, mais aussi contre les exactions des vrais criminels…

Et cet emploi abusif du mot « libéralisme » pour désigner la liberté de nuire laissée aux « barons » de l’économie par un système qui ramène le capitalisme autrefois progressiste à la seule justification d’une féodalité financière ; la loi du marché, qui serait gage d’égalité en l’absence de « puissances financières », se transforme sous leur action en oppression économique de la majorité par les quelques « nobles » de la nouvelle noblesse de l’argent. Au point que certains s’enorgueillissent maintenant d’être « anti-libéraux » en confondant refus de la « liberté » de nuire des « puissants » et refus général de la liberté, retour à la dictature ?

Je ne sais pas bien comment il faudrait modifier les défauts de cette polysémie du mot « liberté », quels mots différents il faudrait créer et populariser ; mais je crois qu’une des racines de la confusion politique actuelle est là, dans ces emplois excessivement variés, voire contradictoires, d’un mot qui devrait être réservé au seul sens illustré par Eluard…

Aucun commentaire: