mardi 12 février 2008

Toujours le mode prédation

Derrière ce débat qui fait rage dans ma cervelle depuis plusieurs mois, cette opposition entre une vision prédatrice de l’homme qui ne saurait qu’exploiter ce qui existe en dehors de lui, et une vision de l’homme comme créateur d’idées, mais aussi de réalités matérielles, il y a une foule de références qui se rangent toutes du côté de la vision prédatrice, à savoir

- la philosophie de Platon qui suppose que même les idées sont préexistantes à l’homme et qu’on ne saurait les créer, tout au plus les découvrir ;

- la base même des religions d’un Dieu créateur : l’homme n’est au monde que pour utiliser, entretenir ou exploiter, ce que D. a créé ;

- la théorie de base de l’économie qui exploiterait des ressources préexistantes et limitées (croissance zéro, écologie conservatrice, théorie de la répartition sociale d’un avoir limité,..) ;

- la notion même de la théorie consumériste, qui ignore plus ou moins complètement la question de l’origine des biens consommés, et ne prend en compte les producteurs que pour défendre ou non leur droit à profiter de leur production ;

- la plupart des théories politiques qui prétendent soit autoriser la prédation libre au nom d’un système théorique d’autorégulation (système néo-féodaliste qui se prétend « libéral »), soit la contrôler d’une manière plus ou moins totalitaire (socialisme étatique, communisme), soit enfin la « combattre » à l’aide d’une anti-prédation plus sévère que la prédation « étrangère » supposée (extrême gauche et extrême droite) ; Il y a quelques rares systèmes politiques (socialisme libertaire sous sa forme fédéraliste, social-démocratie, certaines formes de centrisme) qui prennent en compte l’existence d’une possibilité de création de richesses, mais la plupart des théories politiques ne s’occupent que de l’équité de la répartition entre les prédateurs ;

et je ne sais plus combien d’autres formes de ce même principe qui voudrait que « Rien ne se perd, rien ne se crée », théorie qui est effectivement prouvée dans certains systèmes clos, en chimie non atomique par exemple, mais que deux siècles de « progrès » technique et scientifique auraient dû faire abandonner tant en économie qu’en philosophie. A côté du fait réel que l’exploitation des ressources étrangères a trouvé ses limites et que la mondialisation est effectivement basée sur un rapport de forces entre gros prédateurs mondiaux et petits prédateurs locaux, l’histoire nous montre que l’agriculture ou l’industrie ont effectivement créé des richesses nouvelles, qui n’étaient pas seulement des résultats de la transformation et de l’exploitation des richesses existantes, et qu’une écologie de progrès est réalisable au-delà d’une écologie qui ne serait que conservatrice. Pour ce qui est des idées, je ne crois pas que toutes les idées apparues depuis trois siècles étaient déjà préexistantes au-delà des murs d’une caverne de Platon, je crois qu’il y a réellement eu création d’idées nouvelles, et même d’un mode de pensée nouveau.

Est-il d’autre part encore nécessaire de rappeler que la vision « prédatrice » ou au « conservatrice » est porteuse de cercles vicieux de destructions superposées et ne saurait autoriser les cercles vertueux qui ont fait l’accroissement des richesses mondiales au cours des siècles de foi en le progrès ? Que, à partir du moment où on se bat pour la répartition de l’existant sans création de richesses nouvelles, l’épuisement de cet existant est inéluctable à plus ou moins court terme ? Plus ou moins court suivant que les destructions liées aux luttes et au gaspillage seront plus ou moins importantes…

Je veux espérer que la vision créatrice, de moins en moins souvent exprimée, saura retrouver sa place dans l’opinion. Mais ne suis-je pas en train de pleurer sur une nouvelle disparition des dinosaures ?

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