mercredi 20 juin 2007

Des mots utilisés à contresens

Peu de choses m’irritent autant que de voir un mot qui est passé dans le langage courant (ou la langue politique) avec un sens exactement opposé à son sens réel, au point que les opposants à ceux qui l’ont déformé prétendent s’opposer à la base de leur propre pensée.

Je commencerai par un exemple non politique : le mot « cartésien » désigne ceux qui rejettent la Méthode de Descartes, l’examen avec doute systématique des « certitudes établies », et qui s’en tiennent au « bon sens commun », l’objet même que Descartes vomissait avec horreur. Et ceux qui emploient la Méthode et se posent des questions, on les qualifie d’ « anti-cartésiens ».

En politique cet usage de l’inversion des sens produit des aberrations que je qualifierai d’insupportables.

Prenons par exemple le mot « capitalisme » : le capitalisme est une méthode de gestion de l’économie aujourd’hui généralisée et qui est le fondement même de toutes les actions sociales qui n’auraient pas été possibles dans le système pré-capitaliste de limitation aux richesses matérialisées par une quantité d’or ou d’argent. Dans l’ancien système, un patron qui payait un ouvrier s’appauvrissait d’autant, c qui justifiait la rétention de l’argent et la pauvreté des travailleurs ; dans l’ancien système, pour mener une action sociale, la société, l’État, avaient besoin de s’appauvrir d’autant ou de plus qu’ils ne distribuaient. Bref, toute l’action sociale n’est possible que depuis que le capitalisme a créé une richesse fictive, mais utilisable, la monnaie basée sur la production existante ou future, le crédit. Et ceux qu’on qualifie de « capitalistes », les accapareurs et exploiteurs, ne sont autres que ceux-là même qui prétendent gérer le système capitaliste avec les méthodes du système antérieur. Ce paradoxe serait encore tolérable si, du fait d’une erreur de vocabulaire imputable à Marx, ceux-là mêmes qui devraient défendre les avancées que le système capitaliste a apportées contre les sus-dits accapareurs qui sont les vrais anti-capitalistes ne s’étaient attaqués, par aberration, à cela même qui devrait être leur arme, le capitalisme. Au lieu de nommer comme il se doit capitalistes ceux qui veulent défendre l’usage social du système et anti-capitalistes les accapareurs, la lange a interverti les deux mots, et mis les socialistes dans la position de couper l’arbre même sur lequel a poussé la branche socialiste.

La même chose avec le « libéralisme ». Le mot a été abusivement substitué à une théorie qui aurait du s’appeler féodalisme, puisqu’il s’agit de soustraire les patrons, nouvelle féodalité, aux lois de l’État. Du coup on en arrive à voir les défenseurs de la liberté et de l’égalité se déclarer « anti-libéraux ». Non-sens et, là encore, situation de désir d’abattre l’arbre même qui porte la branche socialiste…

Et maintenant l’emploi monstrueux du mot « mondialisation » pour désigner non la vision du monde, de sa variété, mais bien la volonté d’imposer un modèle restreint, de corseter le monde dans l’impérialisme et le monopole d’un système qui n’a pas su exister même dans une région autarcique. Et ceux qui, autrefois, professaient sous le nom d’ « internationalisme » ce qui devrait aujourd’hui s’appeler la mondialisation, abandonnant le nom et par conséquent l’arbre qui les porte, se déclarent « anti-mondialistes » ou « alter-mondialistes » (un autre monde, cela ne veut-il pas dire qu’on veut détruire celui qui est, et par conséquent ce qui nous fait exister ?). Là encore les idéologues « de gauche » veulent tuer leur base d’existence , l’arbre qui les porte.

Et on s’étonne que les électeurs, devant cet emploi d’un vocabulaire auto-destructeur, préfèrent encore l’emploi mensonger des termes mêmes volés par la droite et votent pour les mots justes quand bien même ceux qui s’en servent sont en fait ceux qui veulent détruire la notion sous-jacente !

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