lundi 19 mars 2007

Prédation (retour?)

Le thème me taraude, je l'ai peut-être déjà évoqué...

Depuis des millénaires l’humanité a comporté deux catégories d’individus qui s’efforçaient plus ou moins de cohabiter : ceux qui construisent le monde, produisent, organisent, et ceux qui utilisent ce qui existe, s’emparent de ce qu’ils peuvent, limitent plus ou moins leur prédations ; depuis longtemps, les lois morales ne s’occupent que de limiter et d’organiser la prédation, en supposant la production plus ou moins automatique, voire, dans le meilleur des cas, en rappelant qu’avant de prendre il faut avoir créé, en essayant donc d’imposer des actes de création à ceux qui n’ont que la prédation en tête.

Mais, de plus en plus, la prédation, ses limites éventuelles, et la volonté-droit de chacun à prendre autant que les autres ou, du moins, à essayer, a complètement oblitéré dans l’esprit de tous l’idée même de création (production réelle ou organisation).

Il y avait deux sortes de patrons, de « créateurs d’entreprises » : ceux qui volaient réaliser une idée, produire quelque chose, montrer leur talent d’organisateur et de créateur, et ceux qui veulent gagner le plus d’argent possible à partir du travail des autres ; ceux pour qui le profit personnel n’était qu’un outil pour leur permettre de vivre et de créer, et ceux qui ne considèrent la production que comme un moyen de gagner de l’argent ; combien reste-t-il, dans le patronat actuel de représentants de la première catégorie ?

Il y avait deux sortes d’ouvriers ou d’artisans : ceux qui prenaient plaisir à créer, qui veillaient à bien faire leur travail pour leur propre satisfaction, le salaire étant une nécessité plus ou moins accessoire, ou une reconnaissance méritée de leurs efforts, et ceux qui ne travaillent que pour gagner le salaire, et qui donc cherchent à avoir le salaire le plus élevé possible pour l’effort le moindre possible, et pour qui la qualité du travail n’est rien de plus qu’une nécessité imposée par le contrôle patronal. La question n’est même pas de savoir combien la première catégorie compte encore de représentants ; c’est de savoir si elle existe encore. Moi-même hésite à m’y inclure, c’est dire combien je suis peu disposé à y inclure qui que ce soit.

Et le phénomène n’est pas limité à la France, loin de là. Porté par la « morale islamique » qui est, exclusivement, une morale de prédateurs, il ne fait que s’amplifier dans toutes les générations de révoltés, qui se disent « anti-capitalistes » alors même que ce sont les traits mêmes du capitalisme sauvage qu’ils développent comme base, comme justification, de leur révolte ; pas le rejet de ces traits : la volonté de les détourner à leur profit. D’une certaine façon, si les prédateurs économiques modernes ont détourné à leur profit et utilisent à contresens le vocable « libéralisme », l’anti-libéralisme, lui, porte bien son nom, puisqu’il conforte la volonté prédatrice qu’il ne combat que chez les autres, mais rejoint le pseudo-libéralisme dans sa lutte contre les vraies libertés, celle de vivre, celle de participer à la société.

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