vendredi 10 août 2007

"Dieu" et la science

Ce titre, qui réapparaît avec la régularité des fleurs du marronnier dans les revues, demeure une escroquerie fondamentale, en confondant Dieu avec l’image véhiculée par des déocrates obscurantistes qui n’adirent qu’eux-mêmes et leur ignorance du monde réel derrière le paravent du nom dévoyé de Dieu.

Parce que le Dieu que nous présente le texte de la Bible a dit, dès sa création, à Adam de connaître le monde, d’en développer la science, parce que la connaissance du monde, c’est la connaissance de ce que Dieu a créé, et chacune des merveilles du monde est une raison de plus d’adorer son Créateur. Comme le fait dire Romain Rolland à un de ses personnages, « Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène. ».

Le Péché originel, ce n’est pas « l’Arbre de la Science », c’est « l’Arbre de la Science du Bien et du Mal », autrement dit la morale, la pudeur, etc. Ce n’est pas la nature, c’est la coupure avec la Nature. À la limite, revenir à l’état animal, se comporter comme une bête, ce serait s’abstraire du péché originel…

Sachant que ce que ne supporte pas un Dieu jaloux de ses prérogatives, un Dieu qui a créé l’homme « à son image », mais pas à son égal, c’est que l’homme puisse se comparer à son Créateur. Le Péché le plus grave, c’est l’Hubris, la volonté d’être égal à Dieu. L’Image de Dieu, ce n’est pas le Pareil à Dieu. Le reflet ne saurait se prendre pour Celui dont il est le reflet. Et c’est là que nous arrivons au problème de la science ou plutôt des techniques que permet la science. Tant que le savant continue de décrire l’œuvre de Dieu sans se croire l’égal de Dieu parce qu’il peut modifier ce qu’il découvre, soigner les maladies, améliorer parfois une niche écologique, tant qu’il conserve la conscience de cette subordination au Créateur Premier, il ne pèche pas. Quant il joue au démiurge, se croit l’égal de Dieu parce qu’il peut sinon créer un univers, du moins en recréer un détail précis, à l’identique ou sous une forme qui lui paraît améliorée (ah, le rêve des œufs cubiques qu’on rangera dans des cartons d’emballage !), il renie sinon Dieu, du moins le respect que Dieu attend de ses créations.

Ce n’est pas la science qui est en cause, c’est la philosophie qui se cache derrière la science, la volonté d’égaler Dieu alors que Dieu attend respect, obéissance.

Mais cette volonté déicide et démiurgique, plus que chez les savants, c’est bien chez les Prophètes de tout poil, gourous, intégristes de toutes les formes de la religion du Livre (aggravée chez ceux qui ont remplacé le Livre originel par la Prophétie du fondateur de leur secte) qu’on la trouve. En exigeant l’obéissance servile à Dieu ou, pire encore, à « Son » Prophète, ils demandent à être eux-mêmes adorés, et commettent le Crime fondamental, plus grave que le Péché d’Adam, de prétendre se substituer à ce Dieu qu’ils prétendent représenter. Ils se veulent l’Incarnation de Dieu, pour ainsi dire son égal, en se présentant comme ses défenseurs.

En défendant une thèse contraire à la création réelle, les « Créationnistes », loin de défendre l’œuvre de Dieu, veulent lui substituer leur propre vision étriquée. Ils se prennent pour plus intelligents que Dieu, puisqu’ils connaissent « la » vérité, celle qu’ils ont fabriquée. Plus orgueilleux que les savants qu’ils dénoncent, ils défendent, de fait, le Destructeur, l’Ennemi.

Plutôt qu’intégristes, ils méritent d’être qualifiés de satanistes.

Si Dieu est bien, comme le Livre le prétend, le Créateur, le Dieu de lumière annoncé, nul doute qu’il est du même côté que la science dans la lutte contre l’obscurité, l’obscurantisme, la destruction du réel qu’Il a créé.

Aucun commentaire: