Talion
La loi du talion est l’une des déformations de connaissance (« désinformation ») les plus anciennes et les plus répandues. On veut faire de cette loi une invention de la Bible qui fixerait une limite aux vengeances ; elle n’est ni une invention de la Bible, ni une codification de la vengeance.
Inventée par les mésopotamiens et fixée dans le code d’Hammourabi, la loi était, à l’origine, limitée au payement de dommages et intérêts pour les seuls coups donnés à une femme enceinte qui auraient entraîné une malformation du nouveau-né ; et elle indiquait la nécessité de créer un tarif précis : tant pour un œil, tant pour une dent… En gros, il s’agissait très exactement (n’oublions pas que les mésopotamiens sont les inventeurs du recensement et de la comptabilité) de fixer une valeur fiduciaire à toute partie du corps, de transformer le corps en bien financier. Bref, même si utilisé en sens inverse, l’idée de « la livre de chair » de notre bon Shylock…
Tuons dans l’œuf l’idée en train de naître dans votre esprit d’une invention purement sémite : une variante de la même idée apparaît, même si les motivations sociales y sont plus apparentes (donner les moyens de vivre aux proches du mort) dans la « loi du prix du sang » des civilisations nordiques : pas de vengeance si le coupable d’un meurtre compense financièrement la perte subie par les proches de sa victime.
La loi du talion, ce n’est jamais qu’une forme d’obligation d’assurance ou de dommages et intérêts. « Pour un œil, tu payeras un œil » signifie rigoureusement la même chose que « Qui casse les œufs les paye » (morale « paysanne » traditionnelle). Sous sa forme originelle, elle exclut toute vengeance et organise le payement des dommages. Au départ seulement dans le cas précis rappelé ci avant, puis, rapidement, dans tous les cas de coups et blessures…

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